Tardives et infantilisantes, les recommandations du Conseil scientifique de l’Éducation nationale dont on se passera.

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Publié le 5 mai 2020 par le Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN), un dossier documentaire vient d’être mis en ligne afin de, comme l’annonce son titre, proposer aux enseignants des « Recommandations pédagogiques pour accompagner le confinement et sa sortie. ».
Il était temps. À quelque jours près, ce copieux dossier de 17 pages aurait été inutile.
 
Divisé en 5 chapitres, dont le premier doit permettre aux enseignants d’aider les élèves à comprendre et prévenir l’épidémie, on comprend rapidement que ce travail élaboré sous la présidence de Stanislas Dehaene va rester dans l’histoire de l’Éducation comme un texte majeur. Ou pas.
 
Comme on pouvait s’y attendre, données probantes et enseignement explicite sont les deux mamelles des conseils pédagogiques donnés aux collègues. On y apprend qu’il est primordial de choisir les pratiques pédagogiques favorisant l’apprentissage en autonomie. Un « enseignement explicite » et un « comportement implicite » , « un ton calme et rassurant » sont en effet les meilleurs moyens pour que les élèves développent un sentiment de confiance et s’éloignent des fake-news. Incroyable ! À quelques jours de la réouverture des écoles, ce conseil indispensable aura au moins le mérite de faire sourire.
 
On découvre également dans ce texte que la « nature exceptionnelle de la situation justifie peut-être de prendre plus de libertés » dans l’interprétation des programmes. Propos justifiés par un article d’Esther Duflo sur la « tyrannie des programmes ». 
Car il faut préciser que ce dossier s’appuie sur de copieuses notes de bas de page, principalement consacrées à des articles de revues scientifiques en anglais ou à des publications antérieures des membres du CSEN. On y retrouve notamment, cité plusieurs, fois Paul Kirschner, chantre de l’enseignement explicite, considéré comme comme le seul efficace à l’exclusion de tous les autres dont le psychologue américain n’hésite jamais à faire d’amusantes caricatures.
 
Concernant le numérique, « Le CSEN rappelle que la crainte des écrans, qui était très répandue avant la période de confinement, reposait sur une confusion. Ce n’est pas l’outil “écran” qui est problématique, mais son caractère bénéfique ou problématique dépend intégralement du contenu pédagogique et de l’usage qui en est fait (notamment dans la durée) ». Les chantres de la diabolisation des usages pédagogiques du numérique en seront donc pour leurs frais, du moins on l’espère. Mais rien n’est moins sûr.
 
Concernant la seule chose qui pourrait avoir de l’intérêt dans ce dossier, le déconfinement, le dernier chapitre nous appelle à préparer “le jour d’après”, qui passera, comme on peut s’y attendre de la part du CSEN par une « évaluation rigoureuse » pour rechercher des pistes d’amélioration. De quoi ? En premier lieu, il faudra remettre un peu d’ordre dans la maison, au vu du « bouillonnement de créativité numérique » des acteurs de la Ed-Tech. 
Des trésors d’inventivité et de débrouillardise des enseignants pour s’adapter en quelques jours à l’enseignement à distance, il n’est jamais question. Par contre, cela permet de promouvoir les futures assises du numérique éducatif de novembre 2020.
 
On l’aura compris ce document n’a aucun intérêt pour les équipes mobilisées depuis deux mois. Il est surtout un outil de communication et d’auto-justification du CSEN, dont le nom est mentionné autant de fois que le mot « enseignant ».