Reprise à l’école : des ressources nationales décevantes

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La circulaire de reprise tant attendue est parue mardi 4 mai. Elle définit dans quel cadre la réouverture progressive des écoles et des établissements du second degré est prévue. Le SE-Unsa vous en a fait part de son analyse globale dans cet article : “Circulaire de reprise : un cadre strict à mettre en œuvre trop rapidement”. Mais que devient la pédagogie ? Ni la circulaire, ni les documents d’accompagnement ne constituent des points d’appui satisfaisants.
 
Chassez le naturel, il revient au galop ! Le pilotage de la reprise dans le premier degré reste une affaire très verticale. Dans la circulaire, les enseignants du premier degré sont infantilisés avec des recommandations se rapprochant du fameux Guide orange. Des volumes horaires, des priorités,... rappelons-le, ce ne sont que des recommandations, et nos seules références restent notre professionnalité et le cadre du Socle Commun ! 
 
Les personnels sociaux et de santé de l’Éducation nationale ainsi que les PsyEN et les enseignants spécialisés des RASED sont cités comme des aides potentielles pour l’accompagnement des élèves en souffrance. C’est bien mais ces professionnels sont déjà en nombre insuffisant en temps ordinaire. Le ministère propose donc des aides qui n’existent pas ou qui ne pourront pas être assurées à la hauteur des besoins.
 
 
Les documents d’accompagnement pédagogique
 
On trouve une série de fiches qui ont peu d’intérêt pour les professionnels dans un contexte d’exercice particulièrement dégradé… Des banalités, des recommandations à côté de la plaque, quelques propositions en contradiction avec le protocole sanitaire ou les unes avec les autres et d’autres recommandations hors sujet.
 
 
Les banalités
 
Il faut :
  • informer les parents : le récapitulatif des différents points peut s’avérer utile
  • s’assurer du bien-être psychologique des élèves, les informer, les rassurer, les écouter et faire preuve d’empathie : quelques suggestions d’albums sur les émotions pour les maternelles
  • repérer les enfants qui vont mal et les signaler
 
Les recommandations à côté de la plaque
 
Malgré une circulaire qui dit pourtant que “l’enjeu de cette reprise n’est pas de finir les programmes”, et que “ les méthodes pédagogiques sont adaptées au contexte particulier du déconfinement pour l’enseignement“ nous trouvons des repères pédagogiques qui sont donnés avec le volume horaire souhaitable ainsi que des modèles de bilans des acquis évoquant les évaluations nationales. Les ressources proposées par niveau correspondent à celles que les enseignants possèdent déjà, aucune réelle adaptation n’est proposée. Une fiche navette faisant le bilan des compétences acquises durant le confinement à adresser aux parents est même proposée, comme si les enseignants, sur un laps de temps si court, allaient pressuriser leurs élèves et “contrôler” le suivi mis en oeuvre, ou pas, par les parents.
 
Les enseignants connaissent leurs élèves, savent quels sont leurs besoins et seront en mesure de déterminer ce qui est prioritaire si les conditions d’accueil permettent un travail pédagogique. La priorité aux fondamentaux chers au ministre (vocabulaire, phonologie, français et maths) n’est pas forcément pertinente dans ce contexte, l’essentiel étant plutôt à articuler autour de l’expression, la réassurance, la curiosité et l’envie de retrouver des interactions sociales avec son enseignant·e et ses camarades.
 
 
Les contradictions
 
Nous comprenons que ces documents ont été produits rapidement. Il est néanmoins inapproprié de recommander par exemple de travailler le langage dans les coins jeux en maternelle alors que ceux-ci seront neutralisés pour des raisons sanitaires évidentes. Le ministère aurait pu éviter dans le même temps de dire que la priorité était le bien-être des élèves et un retour dans des conditions aussi sereines et bienveillantes que possibles tout en proposant des évaluations papier/crayon, des bilans… Les injonctions paradoxales sont très malvenues !
 
 
Le hors-sujet
 
Quelle est la pertinence des fiches intitulés “Risques de replis communautaristes” et “Risques de dérives sectaires” peut-être utiles pour les directeurs et chefs d’établissement mais loin des préoccupations des enseignants ? Elles auraient pu être avantageusement remplacées par une fiche sur “Lutter contre la désinformation” avec des pistes de travail en EMI et de développement de l’esprit critique sur la crise en cours.
 
 
Rien de concret
 
Il aurait été appréciable et utile de trouver des pistes sur des façons de mener des activités respectant les règles sanitaires, des suggestions concernant la gestion des récréations, des conseils concrets et des outils pour le recueil de la parole des élèves, des ressources adaptées aux élèves sur le Covid-19… Les documents proposés sur le virus peuvent être intéressants mais ils demandent un temps d’appropriation que les enseignants n’auront pas forcément. Il aurait été plus pertinent de signaler des ressources avec infographies plus facilement adaptables pour les élèves comme celles figurant sur le site KezaCovid19.
 
 
En conclusion, il est inutile de s’infliger la lecture aussi copieuse qu’inadaptée des ressources pédagogiques. Comme pour construire l’enseignement à distance, les enseignants se tourneront vers leurs pairs et vers les équipes de circonscription et académiques pour trouver des outils concrets et opérationnels pour gérer au mieux cette reprise.