Élèves français : tous nuls en maths ?

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Les Français ont un rapport particulier aux mathématiques. D’une part, on se félicite de la réussite de nos chercheurs qui obtiennent régulièrement des récompenses internationales prestigieuses (médailles Fields, par exemple).
D’autre part, l’enseignement des mathématiques est jugé souvent très ambitieux et ennuyeux. Il est finalement de bon ton de se déclarer « nul en maths ». Plus gênant, les notes obtenues en mathématiques servent souvent de critère principal de sélection en fin de troisième pour aller en seconde générale ou technologique, ou en fin de seconde pour aller en première S voire en ES. Cela amène les familles à surveiller de près les résultats dans cette matière et à mettre les enfants sous pression plus que de raison.
 
La publication récente des résultats d’une enquête internationale (TIMSS) permet d’en savoir un peu plus sur le niveau réel en mathématiques des élèves français de CM1 et terminale S. Ces résultats sont peu glorieux pour notre système scolaire. Il faut dire que les écoliers de CM1 enquêtés sont entrés à l’école élémentaire en 2012. Ils sont donc entrés juste après les suppressions de postes massives décidées sous le quinquennat précédent et n’ont connu que les programmes de 2008. Les lycéens enquêtés sont entrés eux en 6ème en 2008. Là encore ils n’ont connu que les programmes de 2008 et ont subi de plein fouet les suppressions de postes de la période 2007-2012. On ne peut bien évidemment pas tirer de conclusion sur la politique éducative mise en place depuis 2012.
 
Le niveau CM1
La France participant pour la première fois au niveau CM1, les résultats ne peuvent pas montrer d’évolution dans le temps à ce niveau ; par contre la comparaison avec les résultats de 48 autres pays est parlante : les résultats des écoliers français en CM1 (488 points) sont inférieurs aux moyennes internationale (500) et européenne (525). Bref, la France à ce niveau se trouve en bas du classement. 
Les résultats de la conférence de consensus organisée par le CNESCO en 2015 laissaient présager un tel résultat. Il était déjà pointé que les écoliers sont à la peine s’agissant de la maîtrise des fractions, des décimaux et des opérations ; ils connaissent mal les tables de multiplication et peinent à saisir le sens des nombres. Les trois explications les plus couramment avancées sont :
- la fréquence des changements de programmes (7 en 30 ans !) qui déboussolent les enseignants,
- la faiblesse de la formation initiale et continue des professeurs des écoles, qui eux-mêmes ont parfois un rapport « difficile » aux mathématiques,
- le manque de mixité sociale puisque les résultats sont particulièrement faibles dans les écoles accueillant un grand nombre d’élèves socialement défavorisés.
Le SE-Unsa partage ces explications. Il est en effet indispensable de déconnecter la politique éducative des échéances électorales pour éviter les effets de yoyo sur les programmes. De même, le SE-Unsa milite pour une amélioration de la formation initiale et continue des professeurs des écoles. Il n’est sans doute pas inutile aussi de retravailler sur le recrutement et la formation des professeurs de mathématiques dont les concours peinent par ailleurs à faire le plein. Pour terminer, le SE-Unsa promeut une plus grande mixité sociale pour le bienfait de tous.
 
 
Le niveau Terminale
Au niveau de la terminale, la comparaison avec les résultats de TIMMS 1995, à laquelle la France avait participé, est possible. De fait, les scores connaissent une chute vertigineuse en vingt ans. Il est évident que depuis 1995, les objectifs de la série S (C en 1995) ont assez largement évolué. Cette série, très prisée par les familles, accueille environ 50 % des élèves suivant une série générale. Elle a perdu son caractère scientifique et apporte, de fait, davantage une culture scientifique générale aux élèves que des connaissances pointues en mathématiques et des capacités de raisonnement fines. Parallèlement, le volume horaire en mathématiques a baissé depuis 1995 (4 h en première et 6 h en terminale) et l’introduction récente de l’utilisation de moyens modernes de calculs (logiciel de calcul formel) dans les programmes a pu troubler les enseignants, parfois dubitatifs sur l’intérêt de ces outils à ce niveau. Comme l’enquête Timms 2016 est restée sur des exercices du type de ceux proposés en 1995 aux élèves de terminale C, il ne faut peut-être pas trop s’étonner sur ces résultats qui sont finalement sans doute à relativiser. La question pour l’avenir est peut-être : veut-on une série S préparant les élèves à des études scientifiques ou plutôt une série que tout un chacun peut suivre pour s’ouvrir des choix d’études post-bac plus larges quitte à souffrir en cours de mathématiques ? Pour le SE-Unsa, casser les séries et rendre le lycée modulaire permettrait d’éviter cet écueil.